© Coagulation Emmanuel SIMIER 2018

  • mlhsimier

Māyā

Mis à jour : 17 déc 2019



Māyā est un terme sanskrit qui a plusieurs sens dans les religions indiennes. Māyā est le pouvoir de dieu de créer, perpétuant l'illusion de la dualité dans l'univers phénoménal; elle est aussi la nature illusoire du monde. Pour les mystiques indiens, cette manifestation est réelle, mais c'est une réalité insaisissable. Ce serait une erreur, mais une erreur naturelle, de la considérer comme une vérité ou une réalité fondamentale. Chaque personne, chaque objet physique, du point de vue de l'éternité, n'est qu'une goutte d'eau d'un océan sans limites. Le but de l'éveil spirituel est de le comprendre, plus précisément de faire l'expérience de la fausse dichotomie, du mirage de la maya afin de la transcender, de passer son voile et de réaliser que l' Âtman c'est-à-dire le soi et l'univers, le Brahman ne font qu'un.


Philosophie spéculative védique :


Dans la philosophie spéculative védique, la Māyā est l'illusion d'un monde physique que notre conscience considère comme la réalité. De nombreuses philosophies ou recherches spirituelles cherchent à « percer le voile » afin d'apercevoir la vérité transcendante, d'où s'écoule l'illusion d'une réalité physique.

Dans l’hindouisme, on pense que la māyā est l'un des trois liens qui doivent être dénoués afin de réaliser le moksha (libération du cycle des réincarnations ou samsāra), les deux autres étant l'ahamkara, l'ego ou conscience de soi, et le karma, la « loi des actes ». Le concept de māyā est central dans le Vedānta où il désigne l'illusion cosmique, le pouvoir de création qui engendre le monde manifesté sous la forme d'un voile d'ignorance qui se surimpose à l'Absolu. Shankara la décrit comme sans commencement, "ni être ni non-être", inexplicable.


Autres philosophies :


On trouve des réflexions comparables (sans en nier les différences) dans la philosophie chinoise (Cf. Tao) et dans la philosophie occidentale. On citera l'allégorie de la caverne de Platon. De même, les gnostiques de l'Antiquité concevaient un Univers illusoire et négatif, créé par un démiurge démoniaque, duquel il fallait s'extraire. Puis Descartes dans ses Méditations métaphysiques trouve une solution à l'aporie à laquelle le menait le doute concernant la réalité de ce que ses sens lui montrent du monde par le célèbre cogito. Enfin, Arthur Schopenhauer, alors que les textes indiens commençaient à être connus en Occident, reprend le terme de "voile de Māyā" pour décrire sa conception du monde comme volonté et représentation :


« C'est la Māyā, le voile de l'illusion, qui recouvre les yeux des mortels, leur fait voir un monde dont on ne peut dire s'il est ou s'il n'est pas, un monde qui ressemble au rêve, au rayonnement du soleil sur le sable, où de loin le voyageur croit apercevoir une nappe d'eau, ou bien encore à une corde jetée par terre qu'il prend pour un serpent. » (Le Monde comme Volonté et comme Représentation)


Tandis que pour Schopenhauer le voile de Māyā correspond au principe d'individuation, qui montre à l'individu le phénomène au lieu de la chose en soi , Nietzsche y voit "la véritable et unique réalité des choses" :


« Ce n'est certainement pas un masque inerte que l'on pourrait appliquer et sans doute aussi retirer à quelque X inconnu ! L'apparence, pour moi, c'est la réalité agissante et vivante elle-même, qui, dans sa façon d'être ironique, à l'égard d'elle-même, va jusqu'à me faire sentir qu'il n'y a là qu'apparence, feu follet et danse des elfes, et rien de plus - que parmi tous ces rêveurs, moi aussi, en tant que "connaissant", je danse ma propre danse. » (Le Gai Savoir, V)


Dans le bouddhisme


La différence essentielle avec l'hindouisme et le Vedānta est que māyā ne cache pas une réalité ultime : la vacuité est la seule réalité ultime de toute chose. Tout est nié, seule la notion de vérité demeure, avec deux types de vérités :


« La première est la vérité absolue, la seconde celle de l'apparence. Destituées de la première, les choses vides d'être propre possèdent pleinement la seconde. Elles existent comme voile derrière lequel il n'y a rien, mais elles existent en tant que voile. La doctrine professée en deçà du voile affirme qu'il n'y a rien au-delà, en vérité absolue, mais professe aussi la vérité du voile en tant que tel. Selon le point de vue d'où elle envisage les choses, elle nie l'existence ou elle l'affirme. Elle se tient donc entre l'affirmation et la négation, dans une proposition moyenne d'où le nom qui le désigne couramment à côté de celui de shunyavada et qui vise précisément cette proposition : Madhyamaka, la Moyenne. » (Jean Filliozat, Les philosophies de l'Inde, PUF, 1987)


Le bouddhisme originel évite les affirmations tranchées sur la réalité, à part les trois caractéristiques. Ainsi le concept de māyā n'apparaît pas dans l'école Théravada. Pour elle, le monde phénoménal n'est que le produit de facteurs transitoires et interdépendants :


« Le monde existe en raison des actions causales. Toutes choses sont produites par les actions causales, tous les êtres sont régis et conditionnés par les actions causales, tout comme la roue du chariot en mouvement, fixée à l'essieu par la cheville. » (Sutta-Nipata, 654)



Ensemble du texte : synthèse modifiée source Wikipédia FR, consulté le 08/10/15.


Source image : olfastory.com