Laura Vasquez
- Manu

- 29 déc. 2025
- 5 min de lecture
Dernière mise à jour : 3 janv.
Laura Vasquez, Les forces, Éditons du sous-sol, 2024
P.35
"Rien ne venait de moi, rien qu’une chose abstraite, sans nom, et sans figure. Je n’avais pas de vérité. Je ne décidais de rien, car la vérité n’est pas le contraire du mensonge. Et le contraire du mensonge n’est pas la vérité."
P.35
"Je ne suis qu’un élément. L’élément ne vit pas séparé de l’ensemble. Il dépend de l’ensemble et d’ensembles plus larges, et de plus en plus larges, auxquels il appartient."
"Quand je suis émue par une œuvre d’art,
je ressens l’envie de mourir et de vivre à la fois."
P.48
"Je n’avais pas d’opinion, et donc pas de limites, car si vous n’avez pas d’opinion sur les êtres vivants que vous rencontrez, les êtres vivants que vous rencontrez ne vous limitent pas. Si vous n’avez pas d’opinion sur vous-même, vous ne vous limitez pas. Si vous n’avez pas d’opinion sur la vie, sur le sens, le monde, alors la vie, le sens, le monde ne vous limitent pas [...]"
P.52
"Une partie de moi me regardait bavarder ou danser, une autre partie de moi me regardait penser, et une autre partie de moi me regardait me regarder penser, et autre partie encore me regardait me regarder me regarder penser tandis que je bavardais ou dansais, mon esprit se multipliait, et mon esprit disparaissait dans le vertige, et j’étais à la fois une, mais une autre, et une autre, et une autre, et une autre, et ceci produisait un éclair."
"J’ai chaud extrême en endurant froidure ; la vie m’est trop molle et trop dure."
Louise Labé
P.55
"Nous avons des mains pour toucher, mais nous nous touchons parce que nous avons des mains, et nous savons une bouche pour nous nourrir, mais nous nous nourrissons parce que nous avons une bouche, l’espace autour de nous est vieux, la Terre est vieille et la lumière, comment comprendre cela ?"
P.66
"En réalité, nous ne pouvons pas dire arbre pour un arbre, car lorsque je dis arbre l’autre ne comprend pas l’arbre tel que je le comprends et tel que je le sens. A n’est pas A, même si chacun le croit, à commencer par Aristote. Aussi, pour des paroles, les êtres humains se tuent."
"Vous avez vécu dedans tout en vous trouvant dehors."
P.86
Personne ne sait écrire. Personne ne sait écrire un poème. En particulier les poètes, car les poètes ne sont personne. Les grandes œuvres n’ont pas été écrites par les personnes, car les personnes cherchent à convaincre, à dire : ceci est vrai, ceci est faux, elles tombent dans un abîme qu’on nomme discours. Les poèmes n’ont pas de but. Ils existent.
"L’homme sage ou fou, selon les points de vue."
P.92
"Sans règle. C’est la base de la règle*. Certains s’interdisent telle ou telle direction dans leurs phrases et leurs pages. Ils craignent d’être trop comme ceci ou trop comme cela. Ils passent un temps considérable à classer, à déprécier, ils vivent dans l’interdit. Souvent, ils sont contre le lyrisme, contre le symbolisme, contre ceci, cela, contre ce qui ne se montre pas assez complice dans leurs codes."
*Bouddha
"La valeur d’une définition dépend du point de vue à partir duquel on se place."
P.94
Parfois, il y a des erreurs. De grandes erreurs. Des lignes, des pages d’erreurs. Il ne faut pas les craindre. Le génie mathématique* écrit : Craindre l’erreur et craindre la vérité est une seule et même chose. Et : C’est quand nous craignons de nous tromper que l’erreur qui est en nous se fait immuable comme un roc.
*Alexandre Grothendieck
"Probablement oui,
probablement non,
puisque tout est probable."
P.166
"Rien ne m’étonne et rien ne me fais peur, […] mais tout m’étonne, tout me fait peur. Tout m’effraie, tout me semble étonnant. Mais rien ne m’effraie, et rien ne me surprend. Je ne connais pas le centre. Je ne connais pas le milieu. […] Rien ne m’étonne et tout m’étonne. C’est-à-dire que rien ne me fait peur, mais tout m’effraie, je ne connais pas le centre."
"La complexité est telle qu’elle est égale à plus rien."
P.185
"Aujourd’hui, le temps est bon, il y a du soleil, mais quelquefois il pleut, alors dans ce cas, on peut dire : le temps est mauvais, d’autre fois le temps est ambigu, il y a du soleil, amis aussi de la pluie ou de la bruine ou encore des nuages dans le ciel, et parfois il y a du vent."
LA SECTE DE L’ABSOLUE NON-CERTITUDE
P.209
"Je vous propose le doute. Je vous propose d’hésiter."
P.212
"Tout est relatif. Nous ne sommes sûres de rien, si ce n’est de l’absolue non-certitude."
P.222
"Il dit : souvent, après avoir traversé les sectes, les personnes ont une sensation d’absurdité face au monde. Les propositions de ces sectes ne sont pas moins cohérentes que celles du monde ordinaire. Elles sont juste décalées. Ces décalages soulignent l’absurdité de notre ordre courant. Il nous apparaît alors comme un tissu d’absurdités, d’incohérences et d’arbitraire, de rituels, d’automatismes sans fondement. Est-ce un bien ? Est-ce un mal ? Le bien et le mal existent-ils ?"
"Le bien et le mal sont deux points d’une ligne qui n’a pas d’extrémités."
P.225
"Qui détient la mesure ? C’est le pouvoir en général. Il en est de même pour le faux et le vrai. VRAIFAUXBIENMAL sont des amis. VRAIFAUXBIENMAL se battent avec toutes sortes d’armes. Ils ont grandi ensemble. VRAIFAUXBIENMAL sont nés au même instant. VRAIFAUXBIENMAL s’aiment et se baisent d’heure en heure. À l’échelle générale, le bien vit d’un côté, le mal de l’autre. La vérité vit d’un côté, la fausseté de l’autre. Mais lorsqu’on se rapproche, on aperçoit des bouts de fausseté dans une zone de vérité, des bouts de mal dans une zone de bien. VRAIFAUXBIENMAL forment un maillage, un tissu ferme et résistant."
P.226
"La carte des comportements humains est grande, mais sa texture est fine. Elle se compose de microsecondes, d’impressions, de figures, et qui pourrait dire : ici se trouve le bien, ici se trouve le mal. Qui pourrait dire : ici se trouve le vrai, ici se trouve le faux. Qui pourrait dire : je sais. Qui pourrait dire : j’ai raison."
P.227
"Tout le monde est d’accord. Si la majorité est d’accord, tout le monde est d’accord. La majorité des gens suit la majorité des gens. Comme le bien et le mal sont des constructions culturelles relatives aux moments, aux lieux, aux histoires, il faut trouver le groupe de personnes avec lesquelles on partage les critères délimitant les notions de bien et de mal. Il faut trouver sa propre secte. On doit trouver la majorité la plus confortable pour soi."
"Tous ces fils ne sont qu’un grand fil qui relie les choses."
P.269-270
"Connaissant tout, elle ne connaît rien, car à l’intérieur de la connaissance, il y a de l’ignorance, et dans le fond de cette ignorance, il y a de la connaissance, elle est en toi."
"Enfin, bon, tu vas écrire,
et ça te calmera, car ça t’agitera,
c’est tout le paradoxe."
P.287
"L’arbre d’une montagne ne se dit pas : je vis sur une montagne plus belle que les autres. La petite pierre ronde ne se dit pas : je suis minuscule, mais je peux rouler. La grande pierre anguleuse ne répond pas : je suis anguleuse, mais je produis de l’ombre. Les déjections des animaux n’ont pas honte d’être de la merde. La montagne dans son ensemble n’a pas plus d’importance que la petite pierre ronde ou que la déjection. Rien ne peut surpasser la déjection en tant que déjection. Rien ne peut surpasser la petite pierre ronde en tant que petite pierre ronde. Rien dans le monde ne surpasse le cri des oiseaux de proie qui vont de roche en roche. Toutes les choses sont comblées."




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