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Tiers inclus contradictoire

Mis à jour : 3 mars 2019

Stéphane LUPASCO


Principes de la logique dynamique du tiers inclus contradictoire : « A tout phénomène ou élément ou événement logique quelconque, et donc au jugement qui le pense, à la proposition qui l’exprime, au signe qui le symbolise : « e » par exemple, doit toujours être associé, structuralement et fonctionnellement, un anti-phénomène ou anti-élément ou anti-événement logique, et donc un jugement, une proposition, un signe contradictoire : « non-e » ; de telle sorte que « e » ou « non-e » ne peut jamais qu’être potentialisé par l’actualisation de « non-e » ou « e », mais non pas disparaître afin que soit « non-e » soit « e » puisse se suffire à lui-même dans une indépendance et donc une non-contradiction rigoureuse (comme dans toute logique, classique ou autre, qui se fonde sur l’absoluité du principe de non-contradiction). » (1)


Tiers inclus & ”moi”


« Selon Edgar Morin le tiers inclus est une transgression logique nécessaire, inséparable du principe dialogique. Cela veut dire que le même comporte en lui son propre antagonisme, sa propre multiplicité : "je suis moi et je ne suis pas moi". Quand nous disons, par exemple: « je parle », le moi parle, comme sujet conscient. En même temps, il y a toute une machinerie qui fonctionne dans nos cerveaux et dans nos corps, ce dont nous sommes inconscients. Il y a aussi à travers nous une culture qui parle, une « machine causante », un nous qui parle à travers cette machine. Il y a de l’anonyme, du ça qui parle. Cela veut donc dire que le principe d’identité est, en fait, complexe. Il comporte de l’hétérogénéité et de la pluralité dans l’unité. En ce sens, le principe du tiers inclus signifie que l’on peut être Même et Autre. On échappe par là à toute alternative disjonctive. Grâce au principe du tiers inclus on peut considérer et relier des thèmes qui devraient apparemment s’exclure ou être antagonistes. » (2)



Henri MICHAUX


« Moi se fait de tout. Une flexion dans une phrase est-ce un autre moi qui tente d’apparaître ? Si le Oui est mien, le Non est-il un deuxième moi ?

[…] On n’est peut-être pas fait pour un seul moi. On a tort de s’y tenir. Préjugé de l’unité. (Là comme ailleurs la volonté, appauvrissante et sacrificatrice.)

Dans une double, triple, quintuple vie, on serait plus à l’aise, moins rongé et paralysé de subconscient hostile au conscient (hostilité des autres « moi » spoliés).

La plus grande des fatigues de la journée et d’une vie serait due à l’effort, à la tension nécessaire pour garder un même moi à travers les tentations continuelles de le changer.

On veut trop être quelqu’un.

Il n’est pas un moi. Il n’est pas dix moi. Il n’est pas de moi. MOI n’est qu’une position d’équilibre. (Une entre mille autres continuellement possibles et toujours prêtes.) Une moyenne de « moi », un mouvement de foule. Au nom de beaucoup je signe ce livre. » (3)



(1) Source tiersinclus.fr, consulté le 28-10-18. Pour plus d'informations, rendez vous sur le site de Claude PLOUVIET : Tiersinclus.fr, Le blog du tiers inclus et de la mésologie.

(2) La pensée complexe : Antidote pour les pensées uniques, Entretien avec Edgar Morin, p258.

(3) Henri Michaux, Plume, Nrf Poésie Gallimard, Postface, p. 216-217.



Crédits image: Mustapha OLDACHE, Chams-Eddine KHIARI, Tayeb BELARBI.

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