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Les furtifs

Alain Damasio, Les furtifs, La Volte, 2019.


p.11 :


Arshavin regarde sa bague qui vient de luire.

-Bon il reste… une minute. La porte va s’ouvrir au signal et il faudra plonger, tu connais la contrainte. Tu te sens prête, Lorca ?

-Absolument pas…

-C’est précisément ça que j’appelle être prêt. Cet état d’incertitude fragile, ouverte, qui rend disponible à l’inconnu. Crois-moi Lorca, quoi qu’il arrive, tu vas vivre l’un des moments les plus intense de ton existence. Reste ouvert.


p.21 :


-Une dernière suggestion, Lorca, si je puis me permettre : oublie la technique.

Il l’a glissé doucement à travers le haut-parleur, et aussitôt les mantras de ses cours se sont réactivés en moi : « la technique est l’ensemble de ce qu’il faut savoir pour échapper à la technique. Ne cherche plus à raisonner : cherche la résonance : thermique, physique, spirituelle. Cherche ce point d’extrême disponibilité en toi à partir duquel tu vas sentir le furtif bouger. N’essaie pas de pressentir, puisque c’est déjà anticiper sur ses mouvements et il te déjouera aussi sec. Ne te contente pas non plus de ressentir, ce qui revient à post-sentir, car c’est déjà trop tard lorsqu’on chasse un furtif. Mais cherche plutôt à… »

-Présentir, oui… Je me souviens de tes leçons.

-Essaie de sentir la vitesse du présent pur. Ni plus lentement, ni plus vite. En prise avec la durée. Repousse toute anticipation. Essaie d’atteindre la simple présence à ce qui se passe, flue et change. Sans cesse. C’est là que vit le furtif. C’est là que tu le croiseras.



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