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Soufisme & philosophie

Mis à jour : mars 26

- Elif Shafak, Soufi, mon amour (The Forty Rules of Love), Éditions 10/18, 2010 :


p.250 : « L’autre jour, Rûmi et moi réfléchissions à tout cela quand soudain il a fermé les yeux et il a récité ces vers :


Ni chrétien, ni juif, ni musulman, hindou,

Bouddhiste, soufi ou zen.

Aucune religion, aucun système culturel.

Je ne suis ni de l’Est, ni de l’Ouest…

Ma place est sans lieu, une trace de l’intraçable.


P.281: « Shams ramassa une poignée de terre et l’effrita entre ses doigts avant de dire doucement : “Si on peut embrasser l’univers dans son ensemble, avec toutes ses différences, toutes ses contradictions, tout finit par se fondre en Un.“ »


p.383 : Cinquième partie : Le vide

Ce qui est présent à travers son absence.


p.417 : « Règle numéro trente-cinq : Les opposés nous permettent d’avancer. Ce ne sont pas les similitudes ou les régularités qui nous font progresser dans la vie, mais les contraires. Tous les contraires de l’univers sont présents en chacun de nous. Le croyant doit donc rencontrer l’incroyant qui réside en lui. Et l’incroyant devrait apprendre à connaître le fidèle silencieux en lui. Jusqu’au jour où l’on atteint l’étape d’INSAN6I Kamil ? l’être humain parfait, la foi est un processus graduel qui nécessite son contraire apparent : l’incrédulité. »


p.460 : « Règle numéro trente-neuf : Alors que les parties changent, l’ensemble reste toujours identique. Pour chaque voleur qui quitte ce monde, un autre naît. Et chaque personne honnête qui s’éteint est remplacée par une autre. De cette manière, non seulement rien ne reste identique, mais rein ne change vraiment.

Pour chaque soufi qui meurt, un autre naît quelque part. »



- Fernand Van Steenberghe à propos d’ Averroès et son Tahâfut al-Tahâfut, L'incohérence de l'incohérence :

[…]

Je voudrais m'arrêter davantage à un point plus important. L'auteur considère comme intenable la position d'Aristote qui affirme, d'une part, l'éternité du monde (ce qui exclut une première cause dans la série des événements successifs : il n'y a ni premier œuf, ni première poule...) et, d'autre part, l'existence d'un Premier Moteur immobile. Je suis d'autant plus à l’aise pour discuter la question que, personnellement, je considère l'éternité du monde dans le passé comme une absurdité philosophique (voir mon Ontologie et Dieu caché). Mais la contradiction n'est pas là où l'auteur la voit, car Aristote estime à bon droit qu'une série, même infinie, de « moteurs mus » n'explique pas le mouvement en tant que passage de puissance à acte ; loin d'exclure toute cause première, le mouvement requiert, pour être intelligible, l'influence d'une cause hors série, qui ne soit pas moteur mû, mais moteur immobile ou premier moteur. La position d'Aristote est donc parfaitement cohérente ici. Autre exemple de critique qui me paraît non pertinente. M. V. d. B. considère la nécessité de l'Etre incausé ou absolu comme une « nécessité logique », tandis que le necessarium ab alio serait une « nécessité ontologique » (p. XVI et vol. II, p. 103) et il reproche à Aristote d'avoir confondu ces deux types de nécessité. A mon sens, on peut reprocher à Aristote d'avoir confondu le « nécessaire » et l'« éternel » et il lui arrive sans doute de ne pas distinguer suffisamment le « logique » et le « réel » ; mais dans l'exemple allégué, il me paraît incontestable qu'il s'agit, dans les deux cas, de nécessité ontologique, et plus encore dans le cas du necessarium a ce que dans celui du necessarium ab alio : l'Absolu, quel qu'il soit (car les philosophes divergent entre eux lorsqu'il s'agit de préciser ce qui est absolu ou incausé), implique de toute évidence l'existence nécessaire ou la nécessité ontologique la plus rigoureuse ; bien plus, pour les penseurs qui admettent la liberté de l'acte créateur et, dès lors, la stricte contingence de l'univers créé, Dieu est le seul être nécessaire et la nécessité ontologique n'est pleinement réalisée qu'en lui.

Source extrait article lescahiersdelislam.fr consulté le 17/03/2020


- Toujours à Propos d’Averroès, extrait article Wikipédia concernant la doctrine de la double vérité :

La doctrine de la double vérité est faussement attribuée à Averroès, selon des spécialistes comme Ali Benmakhlouf. Elle consiste à affirmer que ce qui est vrai pour la raison peut être faux pour la foi, que ce qui est vrai pour la foi peut être faux pour la raison, et pourtant que la raison et la foi disent toutes deux la vérité. Deux assertions d'ordre différent pourraient être simultanément vraies, et contradictoires entre elles à la fois. Averroès n'a jamais soutenu une telle doctrine : celle-ci a été inventée par ses contradicteurs pour démontrer que sa philosophie, et celle de ses successeurs les averroïstes, est contraire à la religion et relève de l'incroyance. Ali Benmakhlouf rappelle que pour Averroès, « la vérité ne saurait contredire la vérité, elle s'accorde avec elle et témoigne en sa faveur ». En tant qu'aristotélicien, Averroès ne remet pas en cause le principe de non contradiction qui serait violé par une telle doctrine de double vérité.

La théorie de la double vérité a également été attribuée aux partisans latins d'Averroès, les « averroïstes », qui ont été accusés de jouer double jeu par rapport à l'Eglise catholique et à la doctrine officielle. Les averroïstes, tels Siger de Brabant et Boèce de Dacie, étaient persuadés que les commentaires d'Averroès portant sur l'œuvre d'Aristote dévoilaient tout ce qu'il y avait à savoir dans le domaine des sciences naturelles, de la logique et de la psychologie. Ces deux auteurs auraient atteint la vérité définitive. Cela n'exclut cependant pas qu'ils puissent se tromper sur certains points.

Se pose alors la question de savoir quoi faire des assertions philosophiques qui semblent opposées aux assertions dogmatiques. La théorie de la double vérité aurait eu pour but de sauver la science aristotélicienne tout en prétendant acquiescer dans le même temps aux vérités de la foi. Mais l'« expression « double vérité » ne se trouve nulle part dans les écrits averroïstes publiés jusqu'à présent » (en 1931). Selon Luca Bianchi, cette théorie n'est qu'une « légende ».

C'est la condamnation de 1277 par Étienne Tempier d'un certain nombre de thèses d'origine aristotélicienne et averroïste qui emploie cette expression, pour discréditer ces courants philosophiques. Les averroïstes sont accusés de manquer de sincérité, et de n'avoir admis la vérité de la Révélation que du bout des lèvres, pour échapper à l'Inquisition. Cette accusation est reprise par Pierre Mandonnet, mais contestée par Étienne Gilson. D'où la réputation sulfureuse de leur inspirateur, Averroès lui-même. Déjà Thomas d’Aquin, en 1270, avait qualifié de « faux maîtres » et de « faux prophètes » Siger et les averroïstes, leur reprochant de n'avoir pas fait l'effort de résoudre la contradiction apparente entre la vérité philosophique et la vérité révélée. Cependant, Thomas ne nie pas la sincérité de Siger et des averroïstes quand ils affirment que la raison doit se soumettre à la Révélation en cas de désaccord ou d'insuffisance.

Extrait source Wikipédia FR, consulté le 14 mars 2020.


- Pour aller plus loin, ou pas :

Averroès, L'incohérence de l'incohérence (Tahâfut al-Tahâfut), trad. partielle Marc Geoffroy. Réfutation du fameux L'incohérence des philosophes (Tahâfut al-falâsifa) de Al-Ghazâli (1095). Trad. anglaise par S. Van Den Berg, Averroes' Tahafut al-tahafut, Londres, 1954, 2 t.